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Interview du Docteur Barriot spécialiste en toxicologie d'urgence Responsable du Département Risques Biologiques de Point Org Sécurité

 
   
   

Docteur Patrick BARRIOT, ancien médecin chef des Unités d'Intervention de la Sécurité Civile, membre du groupe d'experts français qui s'est rendu à Tokyo lors de l'attentat au gaz sarin (1995). Spécialiste en toxicologie, chargé de cours en toxicologie d'urgence à l'université de Montpellier. Ancien médecin de la 11e Division Parachutiste, chargé de la préparation des unités aéroportées au combat en ambiance toxique.
Auteur d'ouvrages de toxicologie d'urgence (Les antidotes, Éditions Masson, Paris, 1991; Intoxications aiguës en réanimation, Éditions Arnette, Paris, 1999), d'articles de toxicologie (New England Journal of Medicine, 1991), et d'articles de médecine de catastrophe consacrés aux intoxications collectives par inhalation de gaz toxiques industriels et de gaz de combat (Ouvrage de médecine de catastrophe du Service de Santé des Armées, Encyclopédie Médico-chirurgicale

 

 

- Docteur Barriot, au delà des psychoses irrationnelles, existe-t-il un véritable risque bioterroriste ?

Oui, car les agents biologiques ou chimiques qui font partie de l'arsenal non conventionnel réunissent les caractéristiques de l'arme terroriste presque idéale : relative simplicité d'emploi, effet psychologique majeur. Diffuser un agent pathogène, qui se présente le plus souvent sous forme volatile, dans un réseau de climatisation ou d'approvisionnement en eau ne demande pas une technicité extraordinaire. En revanche, l'effet obtenu peut être majeur. Les modes de contamination, par voie respiratoire, cutanée ou digestive, permettent de multiples moyens de diffusion, pour qui fait preuve d'un peu de détermination et d'imagination.

- Le bioterrorisme a t-il pour seul objectif de contaminer des êtres humains ?

Non, il ne faut pas négliger la possibilité d'une attaque bioterroriste visant les élevages ou les cultures. La propagation de maladies touchant les troupeaux pourrait constituer une menace tout aussi grave que la diffusion d'agents pathogènes pour l'être humain. Pour cette raison, il est important d'avoir un réseau d'alerte efficace incluant les vétérinaires, au même titre que les médecins généralistes les médecins urgentistes et les pharmaciens.

- Quels sont les moyens existants pour lutter contre une attaque bioterroriste ?

Il y a d'une part une multitude d'intervenants d'horizons divers ( civils et militaires, publics et privés, professionnels et bénévoles….), d'autre part un grand nombre de plans de secours (plan particuliers des entreprises, plan rouge des sapeurs pompiers, plan blanc des Hôpitaux, plan ORSEC départemental, plan biotox…). Il y a en outre trois niveaux d'organisation des secours : un niveau local, un niveau de la zone de défense et un niveau national. Le succès des opérations de secours repose sur le choix du bon plan et sur une étroite collaboration entre tous ces services. Il est important de souligner que même des services très compétents lorsqu'ils sont pris individuellement peuvent se neutraliser par manque de coordination. C'est ce qui s'est passé au Japon lors de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo.

- Comment assurer une bonne coordination ?

La principale difficulté est de ne pas être dépassé par les événements. Le succès des opérations de secours repose sur la coordination très précoce des différentes équipes, et la municipalité joue un rôle crucial à ce niveau.
Il faut donc y avoir pensé avant, travailler en amont pour prendre la mesure la plus exacte possible du risque, et mettre en place les procédures appropriées, tout en espérant qu'elles ne serviront jamais. C'est de ce travail essentiel d'analyse préalable que découle l'efficacité des trois lignes de défense existantes : la protection, la décontamination et le traitement.

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