| Initialement
utilisée en temps de guerre, la contamination de produits
de consommation courante au moyen d’agents chimiques ou
biologiques est désormais utilisée par les groupes
terroristes qui y voient un moyen efficace de semer la terreur
ou de ruiner des secteurs économiques ciblés.
L’analyse
d’événements proches impose de considérer
attentivement le risque de contamination de produits de consommation
courants au moyen d’agents chimiques ou biologique. En situation
de guerre, l’objectif plus ou moins clairement affiché
est d’affamer la population en détruisant les récoltes
et les cheptels. Pour les groupes terroristes, l’effet recherché
n’est pas tant de tuer un grand nombre de personnes que
de déclencher une réaction de panique ou de ruiner
une filière économique.
Contamination
des aliments
Durant
la guerre du Vietnam, les forces américaines ont utilisé
en grande quantité des défoliants et des herbicides
qui furent déversés sur la jungle vietnamienne.
L’objectif était de détruire la couverture
végétale sous laquelle se cachait l’ennemi,
mais également d’annihiler les ressources alimentaires
des combattants nord-vietnamiens. La destruction des récoltes
fit appel à de nombreux agents chimiques dont l’agent
bleu (acide cacodylique), et l’agent orange (acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique)
qui contenait également de la dioxine connue pour ses effets
tératogènes et carcinogènes. Il n’y
a donc rien de surprenant à ce que les terroristes utilisent
le même type de procédés, non pour affamer
une population, mais pour semer la panique ou ruiner un secteur
économique.
En
1977 fut signalée une contamination au mercure d’agrumes
en provenance d’Israël qui étaient destinés
aux marchés européens. Seule une douzaine de personnes
fut intoxiquée mais les exportations d’agrumes israéliens
marquèrent un ralentissement important. En mars 1989 des
raisins chiliens importés aux Etats-Unis furent contaminés
par du cyanure. Aucune intoxication humaine ne fut observée
mais plusieurs pays suspendirent aussitôt l’importation
de fruits en provenance du Chili. Il y a donc un découplage
évident entre la gravité de l’intoxication
et ses répercussions économiques.
En ce qui concerne les agents biologiques, le Dr Anton Dilger
utilisa en 1915 des cultures d’agent de la maladie du charbon
(Bacillus anthracis) pour contaminer des bovins destinés
aux Alliés en Europe. Durant la Seconde guerre mondiale
les Britanniques ont envisagé de faire livrer à
l’Allemagne du fourrage contaminé par l’anthrax.
L’épidémie récente de fièvre
aphteuse qui a sévi en Grande-Bretagne souligne la réalité
du risque infectieux, accidentel mais également criminel,
pesant sur le cheptel. Les champs de céréales ou
de pommes de terre sont également menacés comme
en témoignent, par le passé, les tentatives de destruction
de champs de pommes de terre au moyen de doryphores. En réduisant
la biodiversité et les moyens naturels de résistance,
la dissémination actuelle des céréales génétiquement
modifiées pourrait favoriser une contamination de masse.
L’agent
pathogène peut viser directement le consommateur et non
plus les cultures ou les cheptels. Des officiers japonais auraient
tenté d’assassiner des membres d’une commission
de la Ligue des Nations en contaminant des fruits avec l’agent
du choléra. Une fois de plus, le terrorisme s’est
inspiré des techniques militaires. En janvier 1972, deux
membres de l’Ordre du Soleil Levant furent arrêtés
en possession de 40 kg d’agents de la fièvre typhoïde
(Salmonella typhi). En septembre 1984, dans l’Oregon (Etats-Unis),
les membres d’une secte contaminèrent la nourriture
de dix restaurants d’une même chaîne au moyen
d’une culture liquide de ce même agent de la fièvre
typhoïde, provoquant l’intoxication de près
de 600 personnes. Leur but était d’influer sur l’issue
d’une élection locale.
Contamination
des boissons
A
partir de 1932, l’unité 731 japonaise dirigée
par les professeurs Shiro Ishii et Kitano Mosaji élabora
des programmes de recherche visant la contamination des réserves
d’eau en Mandchourie. De nombreuses attaques biologiques
furent ensuite lancées contre des villes chinoises. La
contamination de l’eau par des agents biologiques (agent
du choléra, agents des fièvres typhoïdes et
des gastro-entérites) ou par des agents chimiques variés
(toxine botulique, thallium, cyanure…) représente
un risque permanent en situation de crise.
Le déversement de toxine botulique dans le réseau
d’alimentation en eau potable ne résume pas le risque
terroriste et la chloration de l’eau n’élimine
pas tout danger. Dans les années 80, des dissidents irakiens
furent contaminés par des boissons et des aliments contenant
du thallium. En mars 1992, des concentrations létales de
cyanure de potassium furent découvertes dans des réservoirs
d’eau d’un camp de l’armée turque à
Istanbul. Cette attaque chimique fut revendiquée par le
PKK. En janvier 1995, une dizaine de militaires russes sont morts
au Tadjikistan après avoir bu du champagne contaminé
au cyanure. Tout récemment, dans le nord de la Chine, trois
enfants sont morts et 3 000 autres sont tombés malades,
après avoir bu du lait de soja servi dans huit écoles
primaires. Cette intoxication, étouffée par les
autorités chinoises, n’a été rendue
publique que le mercredi 9 avril 2003 dans le journal China Daily.
Selon les premières investigations, il pourrait s’agir
d’un empoisonnement criminel.
Extension de la menace
La
contamination par un agent chimique ou biologique ne se limite
pas aux aliments et aux boissons. Les produits cosmétiques
et les produits pharmaceutiques offrent à divers agents
une voie privilégiée de pénétration
dans l’organisme, en particulier la voie cutanéo-muqueuse
(collyres, crèmes, rouge à lèvres, aérosols,
brumisateurs….). Un flacon de parfum Chanel 5 a ainsi été
chargé de neurotoxique sarin. De son côté,
le docteur Wouter Basson qui pilotait le projet Coast en Afrique
du Sud mettait au point des cigarettes truffées de spores
d‘anthrax ! Par ailleurs, les progrès de l’ingénierie
génétique permettent dès à présent
de produire des toxines en grande quantité grâce
à des bactéries transgéniques. Il est également
possible d’insérer les gènes codant pour des
toxines redoutables dans le génome de bactéries
« innocentes » qui vivent normalement dans l’intestin
de l’homme. Ainsi, un banal colibacille (E.coli) transmis
à l’homme pourrait déjouer les tests de dépistage
d’agents pathogènes et sécréter in
situ, dans l’intestin, la toxine du choléra, de la
diphtérie ou du botulisme.
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