Docteur
Patrick Barriot, colonel (CR)
Ancien médecin chef des Unités d’Intervention
de la Sécurité Civile
Responsable du Département Risques Biologiques - Point
Org Sécurité
Résumé
de la conférence donnée le jeudi 25 septembre
2003à l’Institut Européen des Sciences Avancées
de la Sécurité (IESAS)
Les nouvelles
technologies, opérant à l’échelle du
nanomètre, permettent de réorganiser la matière,
molécule par molécule, atome par atome.
Grâce au microscope à balayage à effet tunnel
et au microscope à force atomique, il est désormais
possible de manipuler les composants élémentaires
de la matière à la façon d’un jeu de
Lego moléculaire ou de Mécano atomique. Les nanomachines
mues par des nanomoteurs, imaginées par Eric Drexler, ne
sont déjà plus du domaine de la science fiction.
L’approche « bottom-up » s’attache à
la fabrication de systèmes micro-électromécaniques
(MEMS) un million de fois moins volumineux que ceux réalisés
au moyen des méthodes d’usinage traditionnelles.
En dessous de 100 nanomètres, les lois fondamentales de
la physique classique ne sont plus applicables et les effets quantiques,
exploités par les nanotechnologies, deviennent prédominants.
Pour Richard
Smalley, Prix Nobel de chimie, le développement des nanotechnologies
relève de « l’intérêt supérieur
de la nation » américaine. Les applications concernent
tous les secteurs de la vie économique et sociale, sans
oublier bien entendu le secteur de l’armement. En janvier
2001, le président Bill Clinton a lancé la «
National Nanotechnology Initiative » et le Congrès
a approuvé un budget initial de 450 millions de dollars
(porté à 700 millions de dollars en 2003). La «
Defense Advanced Research Project Agency » (Darpa) investit
des centaines de millions de dollars dans la recherche appliquée
aux systèmes d’armement.
Conformément à la loi de Moore, la puissance de
calcul des ordinateurs double à peu de choses près
chaque année depuis 1990. La technologie de gravure des
puces en silicium (photolithogravure), qui a franchi la barre
des 100 nanomètres, permet d’intégrer aujourd’hui
400 millions de transistors sur un circuit (1 milliard vers 2007).
La puissance de calcul de crête des supercalculateurs vectoriels
de Cray et des ordinateurs superscalaires d’IBM devrait
atteindre le pétaflops (million de milliards d’opérations
par seconde) d’ici à 2010. Elle aura été
multipliée par un million en 20 ans. Cette puissance de
calcul est mise, entre autres, au service de simulations d’explosions
nucléaires.
Parallèlement,
le stockage de l’information se fait dans des espaces de
plus en plus réduits. Le « millipède »
développé par les laboratoires IBM à Zurich
est capable, de stocker dix milliards de bits sur une surface
de neuf millimètres carrès. Richard Feynman envisageait
la possibilité de faire tenir le contenu des 24 volumes
de l’Encyclopedia Britannica sur la tête d’une
épingle. Cette capacité de stockage rend possibles
de vastes projets de surveillance électronique comme le
TIA (Total Information Awareness) du vice-amiral John Poindexter.
De gigantesques bases de données sont ainsi constituées
et interconnectées pour détecter les passagers aériens
à risque et repérer des comportements pouvant révéler
un projet terroriste. L’informatique diffuse repose quant
à elle sur la dissémination de capteurs capables
de communiquer entre eux par un dispositif sans fil formant un
réseau intelligent. Les communications sur réseau
numérique sans fil permettent également le contrôle
des champs de bataille.
L’avènement de machines intelligentes, prédit
par le mathématicien Alan Turing, est proche. Des machines
bien plus intelligentes que le super-ordinateur d’IBM Deep
Blue qui battit Gary Kasparov en 1997 ou le logiciel allemand
Deep Fritz qui fit match nul contre Vladimir Kramnik en 2002.
Grâce aux progrès de l’informatique et aux
algorithmes darwiniens, l’évolution des robots sera
dix millions de fois plus rapide que celle de l’espèce
humaine. En 2040, selon Hans Moravec, les robots effectueront
100 millions de MIPS (million d’instruction par seconde)
soit 100 000 milliards d’instructions par seconde et surpasseront
l’intelligence humaine. Ils auront la possibilité
de se reproduire, d’évoluer et d’échapper
à tout contrôle.
Grâce à la découverte de systèmes enzymatiques
tels que les enzymes de restriction, véritables scalpels
moléculaires, les biologistes peuvent manipuler l’ADN,
support de l’information génétique. L’universalité
du code génétique permet de franchir la barrière
des espèces et des règnes (opérations de
transgénèse). Des micro-organismes génétiquement
modifiés sont mis au point pour produire des médicaments,
des vaccins, de nouveaux matériaux, de nouvelles sources
d’énergie. D’autres sont mis au point pour
détruire les infrastructures, les récoltes, les
élevages et bien entendu les êtres humains.
L’objectif de la bionique est de réaliser une jonction
entre la matière vivante et les circuits électroniques,
en particulier au niveau cérébral. Des implants
cérébraux (neuroprothèses) tentent d’améliorer
les perceptions sensorielles et les capacités cognitives.
Ils permettent déjà de commander des machines par
la pensée. Les recherches sur les « systèmes
biologiques contrôlés » pourraient déboucher
sur des techniques de contrôle cérébral par
signaux électromagnétiques ou signaux chimiques.
Ces dernières années, les restrictions budgétaires
ont conduit à des choix opérés au détriment
de la recherche, du principe de précaution et de la sécurité
économique. Les nouvelles technologies représentent
un enjeu de pouvoir et un enjeu de sécurité nationale.
Elles portent de grands espoirs mais elles sont également
lourdes de menaces. Il serait bien irresponsable de négliger
les mises en garde de Théodore Kaczynski, de Bill Joy,
de Jeremy Rifkin ou de Jean-Pierre Dupuy…
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