| Les
nouvelles technologies (nanotechnologies, biotechnologies et robotique),
s’appuyant sur les progrès de l’informatique
et opérant à l’échelle du nanomètre,
permettent de réorganiser la matière, molécule
par molécule, atome par atome. Cette manipulation de la matière
concerne aussi bien la matière vivante que la matière
inerte et les opposants à ces nouvelles technologies font
désormais le parallèle entre OGM (organismes génétiquement
modifiés) et OAM (organismes atomiquement modifiés).
De
la micro-informatique à la nano-informatique
Conformément
à la loi de Moore, la performance des circuits intégrés
(mesurée par le nombre de transistors par circuit) double
à peu de choses près chaque année depuis
1990. La technologie de gravure des puces en silicium (photolithogravure),
qui vient de franchir la barre des 100 nanomètres, permet
d’intégrer aujourd’hui 400 millions de transistors
sur un circuit et en intègrera 1 milliard vers 2007. Cette
approche top-down (du haut vers le bas) de la miniaturisation
des circuits par photolithogravure atteindra son stade ultime
de développement vers 2017 (tableau 1). L’approche
bottom-up (du bas vers le haut), radicalement différente,
repose sur la mise au point de transistors constitués d’une
seule molécule et pouvant être reliés par
des nanotubes de carbone. Pour un coût de fabrication réduit,
on observe une augmentation des performances (puissance de calcul,
vitesse de traitement de l’information, autonomie..) ainsi
qu’une diminution de la consommation électrique et
de l’échauffement des puces.
La puissance
de calcul de crête des supercalculateurs, qu’il s’agisse
des supercalculateurs vectoriels de Cray ou des ordinateurs superscalaires
d’IBM, devrait atteindre le pétaflops (million de
milliards d’opérations par seconde) d’ici à
2010. Elle aura été multipliée par un million
en 20 ans (tableau 2). L’ultracalculateur vectoriel japonais
« Earth Simulator » dispose de 5 120 processeurs regroupés
au sein de 640 machines. Sa puissance de calcul de crête
atteint 40 téraflops (40 000 milliards d’opérations
à la seconde) et sa mémoire 10 téraoctets
(10 000 milliards d’octets). Evoquant les applications militaires
de ces machines par le gouvernement américain, James Rottsolk,
PDG de Cray, a déclaré : « Le gouvernement
voulait un tel système pour assurer des missions critiques
». Le supercalculateur Téra du Commissariat à
l’Energie Atomique (CEA) français possède
une puissance de 5 téraflops (5 000 milliards d’opérations
à la seconde). Cette puissance sera portée à
50 téraflops en 2005 et à 100 téraflops en
2010. Elle permet, entre autres, la mise au point de lasers à
vocation militaire et la simulation d’explosions nucléaires.
En France, la Direction des Applications Militaires du CEA (CEA-DAM)
a lancé un programme de simulations d’explosions
nucléaires associant 3 outils qui devraient être
opérationnels en 2010 : le supercalculateur Téra,
l’appareil de radiographie Airix et un laser mégajoule
(1,8 mégajoule).
Parallèlement,
le stockage de l’information se fait dans des espaces de
plus en plus réduits. Le « millipède »,
développé par les laboratoires IBM à Zurich,
est capable de stocker dix milliards de bits sur une surface de
neuf millimètres carrès. Richard Feynman, Prix Nobel
de physique en 1965, envisageait la possibilité de faire
tenir le contenu des 24 volumes de l’Encyclopedia Britannica
sur la tête d’une épingle. Cette capacité
de stockage donne corps aux vastes projets de surveillance électronique
utilisant l’interconnexion de fichiers informatisés.
Le programme américain TIA (Total Information Awareness),
dirigé par le vice-amiral John Poindexter au sein de la
Darpa (Defense Advanced Research Project Agency), a entrepris
le fichage de centaines de millions de personnes afin de repérer
des comportements révélant un projet terroriste.
John Poindexter a déclaré : « Le gouvernement
doit faire tomber les barrières séparant les banques
de données de l’Etat des banques de données
commerciales ». De gigantesques bases de données
sont ainsi constituées et interconnectées pour détecter,
entre autres, les passagers aériens suspects. Dans ce but,
les douanes américaines réclament avec insistance
l’accès aux fichiers de réservation des compagnies
aériennes européennes. La société
ChoicePoint, spécialisée dans la création
de fichiers, a collecté pour le compte du gouvernement
américain des données personnelles concernant 100
millions de Latino-Américains. Dès 2004, les voyageurs
désirant se rendre aux Etats-Unis devront posséder
un passeport sécurisé doté d’une puce
stockant un ou plusieurs identifiants biométriques (empreintes
digitales, scanner de la rétine, hologramme du visage..)
ou génétiques (ADN non codant). De tels documents
seront développés dans le cadre de la lutte contre
la criminalité identitaire. Il est désormais possible
de constituer des fichiers génétiques à l’échelle
d’un pays. L’Estonie vient de lancer un programme
(scientifique) visant à génotyper 1 million de personnes.
De même que les puces incorporées à divers
matériels (véhicules, ordinateurs…) permettent
leur localisation par système GPS, l’implantation
de puces à des êtres humains aboutira à une
hypertraçabilité de certains individus. Kevin Warwick
a décidé d’implanter une puce de ce type à
sa fille Danielle en prétextant : « La greffe de
cette micropuce nous permettra de situer instantanément
notre fille si elle se fait kidnapper ».
L’informatique
diffuse repose sur la dissémination de capteurs capables
de recueillir un grand nombre d’informations et de communiquer
entre eux par un dispositif sans fil. Les noeuds de ce réseau
« intelligent » peuvent échanger des informations
au moyen d’ondes radio. La firme Traptec développe
plusieurs systèmes de capteurs (« poussières
de surveillance ») reliés à un centre de contrôle.
Le système « Shotfired » est capable de reconnaître
le bruit d’un coup de feu, de déterminer quelle arme
a été utilisée en se basant sur la signature
sonore de la détonation, de transmettre l’information
à un téléphone de police et de localiser
le bruit suspect par satellite GPS. Les communications sur réseau
numérique sans fil permettent également le contrôle
des champs de bataille. La transmission d’images en temps
réel entre un drone Predator, un AC 130 (canonnière
volante) et les unités au sol confère un avantage
tactique indéniable. De même que la transmission
d’informations entre les différents éléments
d’une unité blindée grâce au système
« Force 21 Battle Command Brigade and Below » (FBCB2).
Les systèmes de perception de présence (Presence
awareness) permettent d’épier et de localiser toute
personne portant un appareil relié à un réseau.
Les
systèmes informatiques sont cependant vulnérables,
en particulier aux infections par virus et aux bugs. La prolifération
de virus, tels que le virus Lovsan qui utilise un défaut
des dernières versions du logiciel Windows de Microsoft,
est capable de saturer les réseaux et de paralyser les
systèmes (le Pentagone vient de se doter de serveurs IBM
fonctionnant sous Linux). Le taux d’infection de ces virus
augmente régulièrement : 1 courrier électronique
sur 22 pour LoveBug (mai 2002), 1 courrier électronique
sur 17 pour Sobig F (août 2003). Les récentes pannes
d’électricité à l’échelle
d’un pays soulignent la fragilité des systèmes
interconnectés et interdépendants (« effet
domino »), une cascade de ruptures des lignes provoquant
l’effondrement d’un réseau tel un château
de cartes. Afin de sécuriser les logiciels industriels
et d’éviter un bug, le laboratoire de sûreté
des logiciels du CEA vient de mettre au point un logiciel chargé
de contrôler les logiciels pilotant les applications d’un
système. Ce logiciel, dénommé « Caveat
», vérifie les logiciels critiques de taille inférieure
à 100 000 lignes de code et fonctionnant dans un cadre
déterministe (dispositifs de sécurité des
centrales nucléaires, commandes de vol d’un avion….).
|
| Le
29 décembre 1959, dans un discours visionnaire devant l’American
Physical Society, le physicien et Prix Nobel américain
Richard Feynman évoqua la possibilité de réorganiser
la matière atome par atome: « Les principes de la
physique, pour autant que nous puissions en juger, ne s’opposent
pas à la possibilité de manipuler des choses atome
par atome ». Il termina son discours intitulé «
There is plenty of room at the bottom » en lançant:
« Have some fun ! ». Grâce au microscope à
balayage à effet tunnel (mis au point par Gerd Binning
et Heinrich Rohrer en 1982) et au microscope à force atomique,
il est désormais possible de manipuler les composants élémentaires
de la matière à la façon d’un jeu de
Lego moléculaire ou de Mécano atomique. En 1990,
Donald Eigler et Erhard Schweitzer parvinrent à écrire
le sigle IBM avec des atomes de Xénon déplacés
un à un avec la pointe d’un microscope à effet
tunnel et arrangés sur une surface de nickel. La découverte
des billes de fullerènes par Richard Smalley en 1985 puis
celle des nanotubes de carbone en 1991 offrit des matériaux
nanométriques dotés de qualités mécaniques
et électriques exceptionnelles. Récemment, une équipe
française du CEA-CNRS a mis au point un outil permettant
d’observer en temps réel la construction de nano-objets.
En effet, l’évolution de la déviation d’un
faisceau de rayons X dessine l’agencement des atomes et
la structure moléculaire dans l’espace. Ces chercheurs
ont ainsi pu observer la croissance d’îlots de palladium
épais de 1,5 nanomètre sur une surface d’oxyde
de magnésium. Les nanomachines mues par des nanomoteurs,
imaginées par Eric Drexler dans son ouvrage « Engines
of Creation » (1986), ne sont déjà plus du
domaine de la science fiction. L’approche « bottom-up
» s’attache à la fabrication de systèmes
micro-électromécaniques (MEMS) un million de fois
moins volumineux que ceux réalisés au moyen des
méthodes d’usinage traditionnelles. Alors que la
puissance de calcul des ordinateurs est multipliée par
1 million, la taille des machines est divisée par 1 million.
En dessous de 100 nanomètres, les lois fondamentales de
la physique classique ne sont plus applicables et les effets quantiques,
exploités par les nanotechnologies, deviennent prédominants.
Le plus petit moteur du monde vient d’être construit
à l’université de Berkeley (Californie). Le
rotor électrique, mû par un microcourant, est composé
d’un axe constitué de nanotubes de carbone (de diamètre
inférieur à 40 nanomètres soit 2 000 fois
plus mince qu’un cheveu) et d’une lame de rotor rectangulaire
en or de 300 nanomètres de long. Les applications des nanotechnologies
concernent tous les domaines de l’industrie, et bien entendu
ceux qui ont trait à la défense et à la sécurité.
Citons, entre autres, la mise au point de robots de surveillance
minuscules, de systèmes à nanocristal permettant
de sécuriser la transmission des données sur les
réseaux de fibres optiques, de nanostructures servant à
la détection de substances toxiques dans l’environnement
ou de nanostructures permettant l’identification et la localisation
d’agents pathogènes dans le corps humain, de neuropuces
pour les systèmes biologiques contrôlés…...
Les nanotechnologies pourraient également déboucher
sur la mise au point de nouveaux ordinateurs, en particulier un
ordinateur à ADN. Dans ce dernier, l’information
n’est plus transportée par des électrons ni
traitée par des transistors, mais par des molécules
d’ADN qui mémorisent des quantités énormes
de données en séquences de quatre bases (A -T -
G - C). Des problèmes complexes, tels que le problème
des chemins hamiltoniens ou problème du commis voyageur,
ont pu être résolu avec ce type d’ordinateur.
Sont également envisagés des ordinateurs hybrides
composés d’ADN, de nanofils et de nanotubes.
L’impact
des nanoparticules sur la santé, en particulier le risque
lié à l’inhalation de déchets des unités
de fabrication, fait l’objet de bien peu d’attention
pour l’instant. Plusieurs scientifiques ont également
souligné le risque d’écophagie globale ou
destruction de la biosphère par épuisement du carbone
nécessaire à l’autoreproduction des nano-engins.
La biosphère serait alors transformée en «
gelée grise » ou « Grey Goo ». Jean-Pierre
Dupuy, professeur à l’école polytechnique
et membre du Conseil général des mines, souligne
de son côté les applications offensives des nanotechnologies
: « Contrairement aux armes NBC, les armes basées
sur les nanotechnologies seront très facilement accessibles
à de petites puissances ou des groupes terroristes puisque
les techniques seront répandues partout, présentes
dans tous les secteurs de la vie économique et sociale
».
Pour Richard
Smalley, Prix Nobel de chimie, le développement des nanotechnologies
relève de « l’intérêt supérieur
de la nation » américaine. En janvier 2001, le président
Bill Clinton lança la « National Nanotechnology Initiative
» et le Congrès approuva un budget initial de 450
millions de dollars (porté à 700 millions de dollars
en 2003). La Darpa américaine (« Defense Advanced
Research Project Agency ») investit des centaines de millions
de dollars dans la recherche sur les nanotechnologies appliquée
aux systèmes d’armement. L’évaluation
du marché annuel ouvert par les nanotechnologies s’élèverait
à 1 000 milliards de dollars (tableau 3). Les dépenses
publiques de l’Union Européenne pour la période
2002-2006 représentent 1,3 milliard d’euros. Une
estimation des dépenses publiques et privées pour
l’ensemble du monde en 2002 donne un chiffre de 3 milliards
d’euros investis par les pouvoirs publics et environ 3 milliards
d’euros investis par le secteur privé. La prise de
conscience occidentale de l’importance des nanotechnologies
en termes de pouvoir économique et de puissance militaire
peut être située assez précisément
à l’année 2001. Il semble que du côté
de l’Asie, la prise de conscience ait été
plus précoce. En France deux sites développent tout
particulièrement les nanotechnologies : le pôle d’innovation
en micro- et nanotechnologies (Minatec) de Grenoble lancé
en janvier 2002 sous l’impulsion du CEA et du LETI (Laboratoire
d’Electronique et de Technologies de l’Information),
et le Centre d’élaboration des matériaux et
d’études structurales (Cémés-CNRS)
de Toulouse dirigé par Christian Joachim.
Robotique
et intelligence artificielle
L’avènement des machines intelligentes, prédit
par le mathématicien Alan Turing en 1950, est proche. Des
machines bien plus intelligentes que le super-ordinateur d’IBM
Deep Blue qui battit Gary Kasparov en 1997 ou que le logiciel
allemand Deep Fritz qui fit match nul contre Vladimir Kramnik
en 2002. Le logiciel Deep Fritz de la société ChessBase
comporte 8 processeurs tournant en parallèle (2,4 GHz et
246 mégabits de mémoire). Il est capable de calculer
plus de 3 millions de combinaisons par seconde contre une seule
pour l’esprit humain. A l’issue du match, Vladimir
Kramnik a déclaré « affronter des machines
qui jouent de plus en plus comme des hommes ». A partir
de 2005-2007, l’homme n’aura plus le moindre espoir
de gagner contre la machine. Dans son ouvrage « The Age
of Intelligent Machine », Ray Kurzweil, honoré de
la National Medal of Technology par le Président des Etats-Unis,
évoque le temps où les ordinateurs surpasseront
l’intelligence humaine.
Grâce
aux progrès de l’informatique et aux algorithmes
darwiniens, l’évolution des robots sera dix millions
de fois plus rapide que celle de l’espèce humaine.
La connaissance de l’ordinateur progresse en effet de façon
exponentielle, doublant ses capacités tous les ans conformément
à la loi de Moore. En 2040, selon Hans Moravec, les robots
effectueront 100 millions de MIPS (million d’instruction
par seconde) soit 100 000 milliards d’instructions par seconde
et surpasseront l’intelligence humaine (tableau 4). Ils
auront la possibilité de se reproduire, d’évoluer,
de prendre des décisions et d’échapper à
tout contrôle. Bill Joy, directeur scientifique de Sun Microsystems,
inventeur du langage de programmation Java et ancien directeur
de la « Commission américaine sur l’avenir
de la recherche dans les technologies de l’information »
souligne le risque lié à l’autoreproduction
et à l’autocomplexification des machines : «
Une bombe n’explose qu’une fois, un robot en revanche
peut proliférer et rapidement échapper à
tout contrôle ».
Les robots
actuels, même s’ils ne sont pas encore intelligents,
possèdent d’extraordinaires capacités «
sensorielles » et de traitement de l’information.
Ils possèdent des capteurs visuels, auditifs, olfactifs,
tactiles. Les chercheurs en robotique s’inspirent de la
nature et reproduisent le bio-radar de la chauve-souris, l’œil
de la mouche ou le poil du criquet. Les fonctions de ces robots
se multiplient : robots de surveillance, robots explorateurs,
robots espions, robots secouristes, robots chirurgiens, robots
de compagnie, robots reporters……. Bientôt les
micro-drones de surveillance, véritables petits robots,
seront dotés d’ailles battantes et capables de vol
stationnaire, de décollage et d’atterrissage vertical.
Ils seront équipés de tous les moyens d’interception
de communication et de capture d’images, de jour comme de
nuit.
Biotechnologies
Grâce
à la découverte de systèmes enzymatiques
tels que les enzymes de restriction, véritables scalpels
moléculaires, les biologistes peuvent manipuler la molécule
d’ADN, support de l’information génétique.
L’universalité du code génétique permet
en outre de franchir les barrières des espèces et
des règnes au cours des opérations de transgénèse
(insertion d’un gène dans un patrimoine génétique
étranger). Des plantes et des micro-organismes génétiquement
modifiés sont mis au point pour produire des médicaments,
des vaccins, de nouveaux matériaux, de nouvelles sources
d’énergie. D’autres sont mis au point pour
détruire les infrastructures, les récoltes, les
élevages et bien entendu les êtres humains.
Les organismes
génétiquement modifiés anti-matériaux
(GAMAs) ou « Bactéries mangeuses de routes ou de
bunkers » sont des micro-organismes capables de s’attaquer
au ciment, à l’acier ou au kevlar. Ils peuvent également
dégrader le trinitrotoluène (TNT), le polyuréthane
de certaines peintures, les hydrocarbures, et la cellulose. Le
risque de destruction intentionnelle des récoltes par des
micro-organismes génétiquement modifiés a
été souligné en 2003 dans un rapport de l’OMS
intitulé « Terrorist Threats to Food ». De
nombreux agents peuvent être utilisés en particulier
contre les cultures de céréales (charbon du blé,
rouilles jaune et noire du blé..). Nous avons souligné
il y a quelques temps la vulnérabilité de la filière
viti-vinicole. Ces programmes de destruction s’intègrent
dans le cadre de conflits armés, d’attentats terroristes
mais également de guerre économique. Dans le cadre
de la lutte anti-drogue, les Etats-Unis ont mis au point des champignons
génétiquement modifiés, véritables
armes biologiques, capables de détruire les champs de cocas
en Amérique latine et les champs de pavots en Asie centrale.
Ces champignons seraient susceptibles de contaminer d’autres
récoltes. En ce qui concerne les élevages et les
cheptels, le risque est tout aussi élevé comme en
témoignent les épidémies récentes
de fièvre aphteuse et de peste aviaire. Il sera bien difficile
de préciser si une épidémie est d’origine
naturelle ou criminelle. Une expérience récente
menée par deux chercheurs australiens, Ronald Jackson et
Ian Ramshaw, mérite d’être rapportée.
En insérant le gène de l’interleukine 4 dans
le virus de la variole murine (mousepox), ces chercheurs ont créé
accidentellement un virus résistant aux vaccins et capable
d’anéantir différentes espèces de rongeurs
en inhibant leur système de défense immunitaire.
Ce type de
manipulation génétique n’épargne bien
évidemment pas les êtres humains qui peuvent être
contaminés de bien des façons (tableau 5). Le génie
génétique permet d’augmenter la virulence
d’un agent pathogène connu, de conférer à
ce dernier une résistance aux traitements (vaccins ou antibiotiques)
ou de lui permettre de déjouer les défenses immunitaires.
Constatant les résultats inquiétants de ses expériences
sur le virus de la variole murine, Ronald Jackson déclara
: « On peut à coup sûr imaginer que si un fou
mettait de l’interleukine 4 humaine dans le virus de la
variole humaine, virus proche de la variole de la souris, ils
en accroîtrait la mortalité de façon très
importante ». Récemment, l’équipe d’Eckard
Wimmer a réussi à synthétiser in vitro le
virus de la poliomyélite grâce à la séquence
de son génome, véritable plan de montage du virus
librement disponible sur Internet. Eckard Wimmer a déclaré
: « Nos résultats montrent qu’il est donc possible
de synthétiser un agent infectieux in vitro, en suivant
seulement les informations données par sa séquence
écrite ». Les virus utilisés en thérapie
génique pourraient également constituer de redoutables
agents de guerre biologique. Les expériences de thérapie
génique reposent sur l’utilisation de virus permettant
d’introduire un gène étranger dans l’organisme
humain. Ces vecteurs de gènes sont actuellement testés
dans le traitement d’affections cérébrales.
Une « bombe virale intelligente » serait capable de
détruire sélectivement certaines cellules cérébrales
tumorales et un virus portant le gène codant pour la synthèse
de la dopamine est testé pour traiter la maladie de Parkinson.
Le cerveau risque fort d’être une cible privilégiée
pour des attaques virales. Il est également possible de
faire sécréter de redoutables toxines à des
bactéries qui vivent normalement dans le tube digestif
de l’être humain. Des chercheurs sont parvenus à
insérer dans le patrimoine génétique de bactéries
coliformes inoffensives (E. coli) les gènes codant pour
le facteur létal de Bacillus anthracis, la toxine de Vibrio
cholerae et la toxine de Clostridium botulinum. L’étude
des gènes de prédisposition à certaines maladies
et l’étude des variabilités génétiques
ethniques pourraient aboutir à la mise au point d’armes
biologiques visant à éliminer telle ou telle ethnie.
La méthode d’hybridation moléculaire, élaborée
par Edwin Southern en 1975, permet la réalisation de biopuces
utilisées pour la détection rapide de la présence
de fragments de génomes bactériens ou viraux dans
un échantillon.
Hybrides
et Interfaces
L’objectif
d’une nouvelle discipline, la bionique, est de réaliser
une jonction entre la matière vivante et les circuits électroniques,
en particulier au niveau cérébral. La création
d’hybrides et d’interfaces entre neurones et silicium
est possible en laboratoire. Peter Fromherz, de l’Institut
Max Planck de Munich, a créé un système neuro-électronique
associant des neurones vivants et des transistors. Une équipe
américano-italienne a développé un animal
artificiel constitué par un cerveau de lamproie contrôlant
un petit robot mobile. Les chercheurs ont greffé le cerveau
de la lamproie sur les circuits d’un robot munis de capteurs
de lumière, le tout plongé dans du serum physiologique.
Le cerveau de la lamproie a alors dirigé le robot vers
la source de lumière comme s’il s’agissait
de son propre corps.
La mise au
point d’implants cérébraux (neuroprothèses)
permettra dans un premier temps de restituer à des personnes
handicapées leurs aptitudes perdues ou détériorées.
Les prothèses neurales sont des « appareils conçus
pour fournir des informations au système nerveux ou, au
contraire, lui en faire transmettre » (tableau 6). Une caméra
montée sur des lunettes peut transmettre à une puce
implantée dans le cerveau d’une personne aveugle
des images sous forme de courant électrique. En transformant
les sons captés par un micro extérieur en signaux
numériques qui stimulent le nerf auditif, des implants
cochléaires peuvent guérir une surdité. Il
sera difficile de résister à la tentation d’améliorer
les performances sensorielles pour voir des longueurs d’onde
dans l’infra-rouge ou entendre des ultrasons. Après
l’extension des perceptions sensorielles, les capacités
cognitives seront étendues.
Les prothèses
neurales permettent déjà de commander des robots
par la pensée. Les travaux de Miguel Nicolelis et John
Chapin sur le singe, ceux de Roy Bakay et Philip Kennedy sur l’homme,
prouvent qu’il est possible de traduire instantanément
l’activité neuronale en instructions transmises à
un robot. Des patients tétraplégiques ont pu commander
par la pensée le déplacement d’un curseur
sur un écran d’ordinateur comme s’ils déplaçaient
une souris avec la main. Alain Berthoz, professeur au Collège
de France, a déclaré : « Associés aux
nanotechnologies, ces travaux pourraient permettre de capter des
processus mentaux afin de les utiliser pour commander des machines
». Les travaux de Kevin Warwick, professeur de cybernétique
à l’université de Reading près de Londres,
concernent l’échange de signaux électroniques
entre un être humain et un ordinateur ainsi que l’échange
de signaux électroniques entre deux êtres humains
via un ordinateur.
Les expériences
sur l’animal se multiplient dans le cadre des « systèmes
biologiques contrôlés ». Un rat bionique ou
robot-rat, porteur d’électrodes implantées
dans son cerveau, peut être dirigé grâce à
des signaux produits par un microprocesseur et émis à
partir d’un ordinateur portable. Les futures générations
de drones comporteront probablement des insectes instrumentalisés
ou drones bioniques. A terme, c’est la machine qui pourrait
diriger le cerveau humain. Grâce à un système
implanté dans le noyau subthalamique et un simple bouton
marche-arrêt, les patients souffrant de la maladie de Parkinson
peuvent atténuer leurs tremblements. Cette neurostimulation
est également efficace contre certains troubles psychiatriques.
Alain Berthoz estime qu’ « un simple boîtier
permettra peut-être de contrôler une émotivité
excessive ». Les recherches sur les « systèmes
biologiques contrôlés » pourraient déboucher
sur des techniques de contrôle cérébral par
signaux électromagnétiques ou signaux chimiques.
Par ailleurs, les machines commencent à décrypter
les pensées humaines. L’imagerie par résonance
magnétique fonctionnelle (IRMf), la tomographie par émission
de positons (TEP) et la magnétoencéphalographuie
(MEG) sont capables d’identifier les structures cérébrales
spécifiquement activées par les évocations
mentales, les actes cognitifs ou les émotions.
Scientia est Perimachia
Ces dernières
années, les restrictions budgétaires ont conduit
à des choix opérés au détriment de
la recherche, du principe de précaution et de la sécurité
économique. Les coupes claires effectuées dans les
budgets de la recherche fondamentale auront un effet dévastateur
en termes de compétitivité économique et
de sécurité nationale. La protection des données
scientifiques est d’une importance cruciale en évitant
toutefois les dérives du « Patriot Act » américain.
L’intelligence économique « a pour ambition
de rassembler et de traiter l’information au service des
décideurs, de renforcer la sécurité de notre
patrimoine technologique et plus généralement de
développer l’influence de notre pays dans le monde
». Nous avons vu que le patrimoine technologique français
est riche : cartes à puces, logiciel Caveat, lasers mégajoule
et femtoseconde, nanotechnologies.. A nous de le préserver
et de l’enrichir. Les nouvelles technologies représentent
un enjeu de pouvoir et un enjeu de sécurité nationale.
Elles portent de grands espoirs mais elles sont également
lourdes de menaces. Il serait bien irresponsable de négliger
les mises en garde de Théodore Kaczynski, de Bill Joy,
de Jeremy Rifkin ou de Jean-Pierre Dupuy. Bill Joy a déclaré
à propos de Théodore Kaczynski : « Il m’en
coûte, mais son raisonnement mérite attention ».
Dont acte.
Patrick Barriot
T1 : Evolution
de la technologie de gravure des puces en silicium
* quelques
micromètres en 1970
* 130 nanomètres en 2001
* 90 nanomètres en 2003
* 65 nanomètres en 2005
* 45 nanomètres
* 20 à 25 nanomètres en 2017
T2 : Evolution
de la puissance de calcul
(multipliée par 1 million en 20 ans)
* 1990 : gigaflops
(milliard d’opérations par seconde)
* 2000 : téraflops ( millier de milliards d’opérations
par seconde)
* 2010 : pétaflops (million de milliards d’opérations
par seconde)
T3 : Evaluation
du marché annuel généré par les nanotechnologies
* 340 milliards
de dollars (matériaux)
* 300 milliards de dollars (électronique)
* 180 milliards de dollars (industrie pharmaceutique)
* 100 milliards de dollars (chimie)
* 70 milliards de dollars (domaine spatial)
T4 : Evolution des robots en 4 générations (selon
Hans Moravec)
(1 MIPS = 1 million d’instructions par seconde)
* G1 2010
5000 MIPS (intelligence d’un lézard)
* G2 100 000 MIPS (intelligence d’une souris)
* G3 5 000 000 de MIPS (intelligence d’un singe)
* G4 2040 100 millions de MIPS (intelligence humaine)
T5 : Voies de contamination humaine par des agents pathogènes
(respiratoire, digestive ou cutanéo-muqueuse)
- aérosols (épandage, système de ventilation,
tours autoréfrigérantes)
- kamikaze infecté
- aliment ou boisson (sécrétion in situ d’une
toxine)
- support inerte (courrier, poignée de porte, clavier d’ordinateur...)
- animal de compagnie
- médicament (collyre, aérosol-doseur, dispositif
transdermique...)
- produit cosmétique ou d’hygiène (brumisateur,
crèmes, lotions..)
- cigarettes et cigares !
T6 : Evolution de l’interface homme-machine
1. La machine
restitue des aptitudes perdues ou détériorées
2. La machine améliore les capacités sensorielles
ou cognitives
3. La pensée dirige la machine
4. Le cerveau communique avec la machine
5. La machine décrypte les pensées
6. La machine dirige le cerveau
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